Quid de l’entente européenne sur la défense ?

En 2017, la France, l’Allemagne et l’Espagne ont annoncé collaborer sur un « système de combat aérien futur (SCAF) ». Ce projet, d’un coût estimé à 100 milliards d’euros, visait à remplacer les avions de combat nationaux (Rafale, Eurofighter) et incarner l’autonomie stratégique européenne. Le 9 juin 2026, ces derniers ont déclaré la fin officielle du SCAF suite à des années de mésententes irréconciliables. Cet échec a inéluctablement porté un coup à l’entente européenne, alors plus nécessaire que jamais. En 1985, François Mitterrand avait déjà soulevé l’importance d’une coopération européenne : « Je tiens à rappeler qu’à mes yeux la construction d’une aéronautique militaire commune est un projet fondamental pour la sécurité et la défense, comme d’ailleurs pour l’avenir technologique et industriel de l’Europe. ». 

L’échec du SCAF

Trois facteurs ont provoqué la chute du SCAF. D’abord, un partage des tâches initial (50/50 France-Allemagne) qui ne représentait pas les compétences réelles. D’un côté, Dassault maîtrisait l’aviation de combat. De l’autre, Airbus maîtrisait l’architecture du projet. Ensuite, l’antagonisme irréconciliable sur la gouvernance a bloqué toute avancée concrète. Dassault exigeait la direction du programme et Airbus refusait un rôle de sous-traitant. Le chancelier allemand a même interrogé publiquement la pertinence du projet, rappelant que la France avait besoin d’un avion capable de porter l’arme nucléaire et d’opérer depuis un porte-avions, besoins absents chez l’Allemagne.

Enfin, les trois pays n’ont pas réussi à surmonter leurs désaccords sur les données sensibles telles que les brevets et les propriétés intellectuelles. Plutôt que de constituer une entité commune dès l’origine et tout mettre en commun, les deux géants ont préféré se méfier et se mettre en concurrence. Finalement, neuf années de blocages ont conduit à l’échec du prometteur SCAF.

Un char de combat franco-allemand ?

L’effondrement du SCAF n’est pas un incident isolé. Le projet de char franco-allemand du futur (MGCS), lancé en 2017 aux mêmes conditions, peine désormais à avancer. Dix ans après son lancement, le programme n’a reçu que 25 millions d’euros pour les quatre industriels impliqués (KNDS France, KNDS Allemagne, Rheinmetall et Thales). La ministre des Armées a quant à elle reconnu en juin 2026 « dix ans de retard » sur les livraisons attendues. Face à ce blocage, KNDS (groupe franco-allemand) développe en parallèle le CAPINT, un char intermédiaire destiné à assurer la transition. 

Finalement, plutôt qu’un grand programme, la coopération franco-allemande se fragmente en projets parallèles : le SCAF mort, le MGCS enlisé, le Capint en développement et Eurodrone en tension. Ce morcellement révèle l’incapacité des deux pays à entamer une véritable coopération stratégique en surmontant leurs priorités nationales. Alors que Paris et Berlin proclament l’urgence de l’autonomie européenne face aux États-Unis, ils se montrent incapables de concrétiser les programmes censés l’incarner.

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