Vivatech, le grand salon de la tech européenne

Du 17 au 20 juin à Paris, Vivatech, le plus grand salon de la tech européenne, revient pour sa 10e édition. Ce grand salon pousse les 14 000 startups présentes à partager leurs innovations. Pour sa dixième année, l’événement rassemble d’importantes personnalités comme Jeff Bezos, Narendra Modi, Bernard Arnault ou encore Emmanuel Macron. Son importance croissante permet au Vieux Continent de prouver qu’il maintient le cap dans la course à l’IA et qu’il est toujours une terre d’innovation.

L’implication française

Le secteur de l’IA s’est naturellement imposé comme le sujet phare du salon. La France expose notamment son soft power technologique. Cette année, l’Hexagone défend activement son autonomie face aux géants américains. Pour l’occasion, le Premier ministre Sébastien Lecornu a détaillé sept annonces majeures axées sur deux objectifs : renforcer l’autonomie stratégique de la France dans l’IA et transformer l’action publique via l’IA.

Pour cela, le gouvernement mobilise une enveloppe supplémentaire de 655 millions d’euros via France 2030 pour accélérer la stratégie nationale d’IA. Cet investissement soutient les capacités françaises et européennes, notamment l’initiative AI Gigafactories lancée par la Commission européenne au printemps 2025 et le PIIEC dédié à l’IA. Face à la domination américaine (OpenAI, Google, Microsoft), la France et l’Europe cherchent à construire leurs propres solutions.

Le remplacement de Palantir (géant américain du renseignement) par ChapsVision (entreprise française) pour les besoins de la DGSI incarne ce virage français. Cette décision répond à une logique de réduction des dépendances stratégiques et de protection des données sensibles de renseignement intérieur. La France cesse ainsi de confier ses données de sécurité intérieure à des solutions étrangères.

L’IA au cœur du service public

La France étend l’IA au domaine public à travers plusieurs décisions. Un chatbot santé public sera lancé sur Ameli.fr pour réorienter les patients vers les premiers soins sans surcharger les services d’urgence tandis qu’un agent conversationnel unique intitulé « L’Assistant » sera déployé auprès de tous les agents publics d’ici fin 2026. Cet outil vise à décharger la bureaucratie des tâches répétitives et à libérer du temps pour les missions de service public.

L’extension de GenIAI (le portail d’IA des Armées) vers les ministères de l’Intérieur et de la Justice poursuit la même logique. Ces ministères, qui ont des besoins spécifiques de protection de données sensibles, construisent leurs propres outils plutôt que de dépendre des États-Unis. Une plateforme de données publiques pour l’IA complète ce dispositif en facilitant l’accès à des données démographiques, économiques et géographiques.

Les autres nations à VivaTech 2026 

L’Allemagne, invitée d’honneur

Sa présence reflète l’importance de la coopération franco-allemande. Cependant, cette visibilité masque des tensions internes. Verena Pausder, présidente de la Fédération allemande des startups, appelle Berlin à s’inspirer du modèle français : « Emmanuel Macron s’est vraiment levé et a dit : « Je veux que la France soit une start-up nation. » L’Allemagne dispose notamment de l’Initiative Win pour rivaliser avec l’initiative Tibi, un plan pour financer le développement des entreprises technologiques. L’Initiative Win promet 12,5 milliards d’euros d’ici 2030, mais seulement 2,6 milliards ont été alloués pour l’instant. Surtout, Berlin n’a pas instauré de certification pour faciliter la participation des assureurs, une barrière que la France a supprimée.

Pour stimuler l’innovation, le secteur de la tech exige des règles de licenciement plus flexibles et moins de bureaucratie. Les grandes startups comme Helsing, Stark Defence et Quantum Systems plaident pour un changement radical dans les achats de défense, jugés trop lents face à la rapidité de l’innovation. Elles critiquent aussi l’orientation allemande vers les systèmes traditionnels (chars, avions) au détriment des drones et de l’IA. Du côté de la fusion nucléaire, l’Allemagne ambitionne également d’être le premier pays à construire une centrale, investissant 2,5 milliards d’euros.

L’Italie affiche sa volonté de concurrence

L’Italie était également présente avec plus de 44 startups. Le pays comptait 12 000 startups et 3 160 PME innovantes en 2025, soit une hausse de 7 % par rapport à 2024. Bien que derrière la France numériquement, l’Italie affiche une dynamique de rattrapage. VivaTech offre notamment aux acteurs italiens des opportunités de réseautage avec des investisseurs et des partenaires internationaux.

La Chine et les États-Unis : domination et innovation

La présence américaine s’incarne à travers des figures majeures comme Yann LeCun (Meta), David Limp (Blue Origin), Shantanu Narayen (Adobe) et Jeff Bezos, qui a pris la parole en ouverture du salon. Cette présence massive rappelle la domination des États-Unis dans le secteur de la tech, malgré la rhétorique européenne de souveraineté.

La Chine s’affiche quant à elle en tant que leader en robotique avec Unitree et Agibot, qui ont démontré de spectaculaires capacités robotiques. Parallèlement, le coût des automates humanoïdes a chuté de 30 à 40 % et les modèles d’IA s’améliorent rapidement. L’entreprise chinoise Unitree collabore également avec le Français HABS sur une interface cerveau-machine, symbole de la co-dépendance technologique mondiale.

L’Inde à la table des puissances

Enfin, le Premier ministre indien Narendra Modi, en France pour le G7, s’est exprimé à VivaTech 2026. Cette présence souligne l’émergence de l’Inde comme acteur majeur dans la course technologique mondiale, notamment en IA et services numériques.

Joris Berry, rédacteur géopolitique

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *