Ce mercredi 3 juin, Saint-Pétersbourg a été touché par des drones ukrainiens alors que se tenait le Forum économique international. Cet événement, qui rassemble 20 000 personnes de 130 pays, vise à attirer les investisseurs et les entreprises étrangères. La cible étant située à environ 1 110 km de la frontière, l’Ukraine veut montrer à la Russie qu’il n’y a plus de « zone de sécurité ». En s’attaquant directement à la deuxième ville de Russie, qui est aussi le lieu de naissance de Vladimir Poutine, la frappe ukrainienne est également symbolique.
Une réponse aux frappes russes
Le 2 juin, des dizaines de missiles balistiques et des centaines de drones russes ont fait au moins 23 morts ukrainiens. En réponse, l’Ukraine a lancé ses drones à Saint-Pétersbourg en visant le terminal pétrolier et la base militaire de Kronstadt. Volodymyr Zelensky a qualifié ces représailles de « frappes justes » avant d’ajouter que les Russes « doivent savoir que s’ils utilisent des drones et des missiles contre nous, nous ferons de même ».
L’Ukraine modernise son arsenal de drones pour rivaliser : les rendre plus robustes, plus légers, capables de frapper plus profondément dans le territoire russe. Après quatre ans de guerre, l’Ukraine vise à décourager la Russie en menant des frappes directement sur son territoire, démontrant que Moscou ne reste pas impunément abrité derrière ses frontières.
Des frappes de plus en plus régulières
Pour affaiblir la Russie, l’Ukraine vise la clé de voûte russe : son économie. Pour ce faire, elle multiplie les frappes sur les sites énergétiques. Le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l’ONU, déclarait : « Aujourd’hui, les frappes ukrainiennes ont probablement fait baisser de 50 % la capacité d’export de pétrole russe. Et ça, c’est le nerf de la guerre pour la Russie. C’est ce qui lui fournit les moyens de faire sa guerre ».
L’attaque du 3 juin s’inscrit dans la continuité des frappes ukrainiennes en Russie comme le 17 mai où plus de 600 drones ont visé Moscou. En frappant la capitale, l’Ukraine véhiculait deux messages clairs : sa BITD reste dynamique et capable de soutenir l’effort de guerre, et elle ne recule pas devant l’ennemi. Le président ukrainien avait déclaré : « Nous sommes pleinement fondés à répondre en visant l’industrie pétrolière russe, sa production militaire et ceux qui sont directement responsables des crimes de guerre commis contre l’Ukraine et les Ukrainiens ».
Cependant, cette stratégie présente des défis. Tout d’abord, la capacité de production de drones ukrainiens reste limitée malgré l’aide occidentale. La Russie, quant à elle, renforce progressivement ses défenses aériennes autour des sites critiques. À long terme, cette guerre d’usure énergétique pourrait s’avérer décisive, mais seulement si l’Ukraine maintient le rythme et reçoit les ressources pour moderniser son arsenal de drones.
Joris Berry, rédacteur géopolitique pour Artemis
