Un accord sur des sous-marins entre les États-Unis et l’Australie

Suite à la crise des sous-marins survenue en 2021 entre Paris, Canberra et Washington, l’Australie devait recevoir trois sous-marins nucléaires de classe Virginia de la part des États-Unis sous 15 ans dans le cadre de l’AUKUS. Si le pays espérait pouvoir bénéficier d’au moins un sous-marin neuf parmi les trois, il ne disposera finalement que de submersibles dits d’occasion

L’AUKUS comme moteur 

L’AUKUS, qui a été créée en 2021, est une alliance tripartite stratégique entre l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis visant à endiguer l’expansionnisme chinois dans l’Indo-Pacifique. Grâce à la coopération entre les trois pays dans le domaine de la défense notamment, l’Australie a privilégié les États-Unis à la France, rompant brutalement le « contrat du siècle » de 56 milliards d’euros pour des sous-marins français. Richard Marles, ministre de la Défense australien, a déclaré que cet accord était « rentable », avant d’ajouter que « dans le contexte d’un projet très complexe, nous devons accorder une importance primordiale à la simplicité ». 

L’ampleur de l’alliance s’illustre par le coût colossal de ce projet sur les sous-marins, dont les prévisions gouvernementales estiment le montant à plus de 235 milliards de dollars sur plus de trente ans. En disposant pour la première fois de sous-marins nucléaires, l’Australie joue un rôle clé dans l’Indo-Pacifique.

Une décision qui ne fait pas l’unanimité 

Cette vente à l’Australie ne fait cependant pas l’unanimité en raison des profondes difficultés qui touchent la base industrielle et navale américaine. Pour que la vente puisse se concrétiser, les chantiers navals américains doivent atteindre une cadence de production de 2,33 sous-marins d’attaque par an, en plus d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins de classe (SNLE) Columbia. Or, le pays peine déjà à produire environ 1,3 sous-marin par an, et l’objectif révisé de deux navires annuels ne devrait pas être atteint avant 2032 selon l’amiral Daryl Caudle.

Une part des Américains estime que les États-Unis ne devraient pas livrer des fleurons technologiques à un allié alors que l’US Navy lutte déjà pour reconstituer sa propre flotte. Dans un contexte de rivalité accrue avec la Chine, certains détracteurs perçoivent la vente de ces atouts militaires comme un risque pour les États-Unis. Pour bénéficier de l’aide américaine de manière pérenne, l’Australie finance directement une partie de la base industrielle de son allié, notamment pour accélérer les cadences. Même avec l’aide australienne, l’opposition américaine privilégie la souveraineté de sa propre flotte, estimant que les besoins des alliés ne doivent pas ralentir la sécurité nationale immédiate des États-Unis face à Pékin.

Une réponse à l’expansionnisme chinois

Cet accord bilatéral sur les sous-marins a pour vocation première de freiner l’expansionnisme chinois dans l’Indo-Pacifique. Depuis des années, la Chine étend sa présence et son influence dans la zone, avec, par exemple, sa stratégie du « collier de perles ». En s’implantant militairement et économiquement sur les îles présentes ou créées artificiellement sur ce « collier », s’étirant de la mer de la Chine méridionale à l’océan Indien, la Chine cherche à faire de l’ombre à son rival américain. Au-delà de cette manœuvre, l’Empire du Milieu multiplie les exercices autour de Taïwan, qui est un partenaire stratégique et essentiel pour les États-Unis. Enfin, le pays s’ancre directement dans des ports de la région comme au Cambodge (Sihanoukville), au Pakistan (Gwadar), au Myanmar (Kyaukphyu) ou encore au Sri Lanka (Hambantota) pour sécuriser ses débouchés commerciaux et militaires.

Joris Berry, rédacteur géopolitique pour Artemis

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