Un potentiel accord entre l’Iran et les États-Unis

Ce lundi, les États-Unis ont annoncé qu’un potentiel accord de paix avec l’Iran était imminent. Pourtant, Donald Trump a déclaré « ne pas se précipiter pour conclure un accord » ajoutant que « les deux parties doivent prendre leur temps et faire les choses correctement ». Ainsi, après la huitième semaine de guerre entre les deux pays, la situation dans le détroit d’Ormuz et sur le nucléaire iranien permet-elle l’élaboration d’un accord de paix viable ?

Un accord qui semblait imminent 

Le 23 mai, le chef de l’armée du Pakistan s’est rendu à Téhéran pour faire avancer le dossier entre l’Iran et les États-Unis. En tant que médiateur des discussions, il serait parvenu à faire progresser les négociations de paix. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a ainsi avancé : « Il est exact de dire que nous sommes parvenus à une conclusion sur une grande partie des questions en discussion », avant de tempérer la situation : « Mais de là à dire que la signature d’un accord est imminente, personne ne peut l’affirmer ». Donald Trump a quant à lui exhorté les parties à ne pas se précipiter.

Habitué à qualifier ses accords de paix de formidables avant même qu’ils soient signés, le président américain a choisi cette fois-ci de freiner. Si même Donald Trump tempère cet enthousiasme, c’est que la situation est plus délicate qu’il n’y paraît. Les marchés pétroliers, eux, avaient pourtant déjà anticipé une issue positive. Le prix du baril est passé sous la barre des 100 dollars le 25 mai dans l’espoir d’une réouverture du détroit d’Ormuz. 

Les points de blocage

L’un des points noirs des négociations demeure l’uranium iranien enrichi, qui pourrait lui servir à mettre au point une bombe atomique. Si le New York Times avance que le potentiel accord entre l’Iran et les États-Unis se concentrerait sur un « engagement de Téhéran à renoncer à son stock d’uranium hautement enrichi », l’agence de presse iranienne Fars affirme que « l’Iran ne s’est pas engagé dans cet accord à céder des stocks nucléaires, retirer des équipements, fermer des installations ou même à ne pas construire une bombe nucléaire ».  

Concernant le détroit d’Ormuz, il demeurerait ouvert et libre de passage les soixante jours suivant la signature conjointe de l’accord. En contrepartie, Washington s’engagerait à lever temporairement son blocus des ports iraniens et à accorder des exemptions ciblées aux sanctions existantes. Cela ouvrirait ainsi la voie à une reprise des exportations pétrolières iraniennes. Au-delà de ces 60 jours, l’Iran pourrait garder la mainmise sur le détroit où près de 20 % des hydrocarbures consommés dans le monde circulent en imposant des droits de passage. Selon l’agence de presse iranienne Tasnim, « Le statut du détroit d’Ormuz ne reviendra pas à sa situation d’avant-guerre ».

Des désaccords persistent également sur le gel des avoirs iraniens. En raison des sanctions américaines, les 24 milliards de dollars d’avoirs iraniens à l’étranger sont bloqués. Ainsi, Téhéran exige que « la moitié de ces avoirs au moment de l’annonce » soit débloquée. Enfin, le front libanais reste épineux et pourrait faire capoter toute tentative de paix. Pour garantir une paix durable, l’Iran exige que le cessez-le-feu préalable à l’accord s’étende à tous les fronts de la région, dont le front libanais. 

L’escalade du 26 mai comme point de rupture ?

L’avancée des négociations en vue d’un accord de paix pourrait cependant être mise à mal par les récentes frappes américaines sur l’Iran dans la nuit du lundi 25 au mardi 26 mai. Alors que les États-Unis se cantonnaient à assurer le blocus des ports iraniens, ils ont décidé de frapper de façon directe Téhéran. Qualifiées de défensives par les États-Unis, ces frappes ont visé « des lanceurs de missiles positionnés près du détroit d’Ormuz et des navires suspectés de poser des mines. » Pour que le cessez-le-feu se maintienne et que la paix soit possible, Marco Rubio a déclaré : « Pour qu’il y ait la paix, il va falloir surmonter les divergences. Alors ce sera soit un bon accord, soit pas d’accord du tout. »

Finalement, l’accord proposé ici serait un aveu de faiblesse pour les États-Unis car il ne garantit en rien que l’Iran se débarrasse de son uranium enrichi, ce qui était pourtant la cause même de la guerre il y a huit semaines. En se comparant sans cesse à Obama et notamment à son plan d’action global commun (JCPOA), qu’il a qualifié de l’un « des pires accords jamais conclus », Donald Trump se retrouve aujourd’hui à négocier un arrangement bien moins favorable. L’Iran avait en effet consenti, en 2015, à réduire de 98 % son stock d’uranium enrichi, à plafonner l’enrichissement à 3,67 %, à démanteler les deux tiers de ses centrifugeuses et à accepter des inspections renforcées de l’AIEA. Or, l’Iran semble loin de faire de telles concessions concernant le présent accord.

La stratégie iranienne

Aujourd’hui, l’ultime arme de chantage de l’Iran est le détroit d’Ormuz, et il l’a bien compris. En jouant la montre, Téhéran affaiblit de plus en plus les États-Unis et leur crédibilité sur la scène internationale : huit semaines de guerre au lieu des quatre annoncées, incapables de déminer efficacement le détroit et impuissants face aux exigences iraniennes. Dans soixante jours, le monde saura si Donald Trump a gagné une guerre ou signé sa défaite.

Joris Berry, rédacteur géopolitique pour Artemis

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *