Les origines de la discorde entre les États-Unis d’Amérique et l’Iran

Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël décident de mener une opération militaire aérienne conjointe en Iran, tuant l’ayatollah Ali Khamenei et marquant l’ouverture d’un énième conflit au Moyen-Orient. Si aujourd’hui les relations diplomatiques, consulaires et économiques entre l’Iran et les États-Unis sont au plus bas, ça n’a pas toujours été le cas. 

Les relations lointaines des deux pays

Les premières relations entre les deux pays remontent au XIXe siècle. A cette époque, la Perse (l’actuel Iran) est prise en étau entre les influences britanniques et russes. Pour réduire cette influence, le shâh (souverain de Perse puis d’Iran) Naser od-Din cherche à multiplier les alliances. Ainsi, un traité de commerce et d’amitié est signé en 1856, scellant un début d’amitié entre les deux pays. Ce traité permet l’établissement de la première mission diplomatique américaine à Téhéran en 1883 et de la mise en place d’une représentation persienne à Washington en 1888. Au-delà de ce traité, les États-Unis maintiennent une relation cordiale avec la Perse par l’envoi de missionnaires. Contrairement à leur tentative d’évangélisation de la population persienne qui se solde par un échec, l’apport du savoir occidental dans le domaine de la médecine et de l’histoire est vu d’un bon œil. Les rapports qu’entretiennent les missionnaires et la Perse sont notamment appréciés car les américains ne cherchent pas à s’immiscer dans les affaires nationales du pays et de l’influencer contrairement à l’Empire britannique et le régime russe tsariste. Durant la Première Guerre mondiale, la Perse vise à rester neutre avec l’aide des États-Unis, qui ne cessent de pousser le pays à se débarrasser de la mainmise des Russes et des Britanniques. En 1935, la Perse devient l’Iran.

La dégradation des relations

Après la Seconde Guerre mondiale, tout bascule. L’importance croissante du pétrole dans le monde couplée à la découverte de nombreux gisements de pétrole en Iran pousse les États-Unis à entrer en rivalité avec le Royaume-Uni pour le contrôle de la région. Rapidement, les États-Unis vont s’imposer et investir en masse pour bénéficier de l’or noir. En 1951, le nationaliste Mohammad Mossadegh est nommé Premier ministre du Shâh Mohammad-Rezâ Pahlavi et souhaite nationaliser le pétrole iranien, ce qui est inacceptable pour les États-Unis, en pleine rivalité avec l’URSS. Malgré le refus de Pahlavi, il est contraint de mettre en place la nationalisation du pétrole suite au vote favorable du Parlement puis de la Chambre haute. 

En réponse, le Royaume-Uni impose un embargo strict sur le pétrole iranien tandis que la marine américaine patrouille dans le golfe Persique pour bloquer le passage des tankers, privant l’Iran de ses revenus pétroliers et le plongeant dans une grave crise économique. Suite à l’élection de Dwight D. Eisenhower en 1953, les États-Unis changent de tactique et cherchent une solution plus appropriée et directe au problème. De peur que le régime de Mossadegh ne tombe sous influence soviétique, les États-Unis organisent l’opération Ajax en 1953. Bien que les Britanniques et les Américains aient des intérêts distincts, ils organisent conjointement ce coup d’Etat afin de faire tomber le régime et retrouver leur mainmise sur le pétrole iranien. Le Premier ministre Mossadegh est arrêté et remplacé par le général Zahedi, choisi par les puissances occidentales. Ce coup d’État marque avant tout la réaffirmation du pouvoir absolu du Shah Mohammad-Rezâ Pahlavi. Suite à l’ingérence des États-Unis et leur volonté de garder le contrôle sur l’or noir iranien, les relations se dégradent. L’image positive qu’avait l’Iran des États-Unis ne cesse de se dégrader auprès de la population iranienne. 

Solidement installé après 1953, le Shah renforce son alliance avec les États-Unis  malgré un discours officiel d’indépendance. Les États-Unis le soutiennent économiquement, notamment via la « Révolution blanche », et militairement, afin de contenir l’URSS au Moyen-Orient. L’Iran devient alors officieusement le « gendarme américain » du Golfe persique. Cependant, les marxistes et islamistes iraniens s’accordent à voir les États-Unis l’ennemi à chasser, d’autant plus que la tentative d’occidentalisation forcée de la société est largement rejetée par la population. Le régime, toujours plus soutenu par Washington, s’enfonce dans l’autoritarisme. L’élection de Carter en 1976 et sa politique des droits de l’homme contraint le régime à une timide libéralisation, ouvrant la voie au « Printemps de Téhéran » de 1977 et menant indirectement à la révolution de 1979 et à la prise d’otages de l’ambassade des États-Unis de Téhéran.

Le point de bascule

Le 4 novembre 1979, la prise d’otages de l’ambassade des États-Unis de Téhéran marque la fin définitive des rapports amicaux entre l’Iran et les États-Unis. En toute violation du droit international, l’ambassade est violée et ses 52 occupants sont retenus en otage, et ce pendant 444 jours. Le guide suprême (autorité religieuse et politique absolue) Rouhollah  Khomeini a soutenu cette prise d’otages en verrouillant politiquement toute possibilité de libération rapide des otages. Le président Abolhassan Bani-Sadr était mal à l’aise avec la situation et a cherché une issue tandis que le Premier ministre Mehdi Bazargan a démissionné rapidement. Cet événement était l’occasion parfaite pour Khomeini pour asseoir sa popularité et son autorité auprès de la population. Rapidement, les États-Unis ont cherché à libérer les otages et ont mené une opération qui était un échec total et s’est soldée par la mort de huit soldats américains, renforçant la position de Khomeini. L’arrivée de Ronald Reagan en tant que président des États-Unis a changé la donne. En affirmant que la première puissance mondiale allait mener une intervention sur le sol iranien afin de libérer les otages, Khomeini est contraint de mener des négociations avec les États-Unis, amenant à la libération de tous les otages le 20 janvier 1981.

Un antagonisme qui ne faiblit pas, au contraire

Suite à cet épisode traumatisant pour les États-Unis, les deux pays ne cessent de s’opposer. Durant la guerre opposant l’Iran et l’Irak entre 1980 et 1988, les États-Unis vendaient massivement des armes au régime irakien. La dernière année du conflit, les États-Unis sont intervenus directement en détruisant la flotte iranienne en réponse aux dégâts causés par des mines iraniennes sur une frégate américaine. La même année, un pilote américain a abattu un avion de ligne civil iranien, tuant les 290 passagers et exacerbant au passage les tensions entre l’Iran et les États-Unis. Les années suivantes, l’Iran ne cesse de financer des groupes terroristes comme le Hezbollah. Suite à l’accord de Vienne de 2015 visant à contrôler une partie du programme nucléaire iranien et la levée d’une partie des sanctions économiques américaines, l’antagonisme des deux pays semble s’apaiser. Cependant, l’arrivée de Donald Trump à la présidence ravive les tensions. Washington perçoit désormais l’Iran comme un enjeu stratégique majeur dans sa rivalité croissante avec la Chine et la Russie, rendant tout rapprochement diplomatique impossible. Dans la nuit du 21 au 22 juin 2025, les tensions ont atteint leur paroxysme quand les États-Unis ont décidé de mener une série de frappes aériennes sur trois sites nucléaires stratégiques en Iran. L’opération “Midnight Hammer” s’inscrit dans un contexte d’échec de négociations sur le programme nucléaire militaire iranien.

Cependant, officiellement en réponse à la poursuite de leur programme nucléaire représentant une menace pour les États-Unis et Israël, leur allié historique dans la région, les deux pays mènent conjointement des frappes sur l’Iran. Ces frappes provoquent la mort de l’ayatollah Ali Khamenei et ouvrent la porte à une troisième guerre du golfe. En conséquence, l’Iran décide de fermer unilatéralement le détroit d’Ormuz, où transite près de 20% du pétrole et du gaz mondial. Officieusement, cette guerre initiée majoritairement par les États-Unis pourrait avoir un autre objectif que la destruction de leur ennemi juré. En effet, l’Iran exporte plus de 90% de son pétrole vers la Chine. En privant la Chine de son principal fournisseur en plus du Venezuela, les États-Unis entendent bien endiguer leurs sources d’approvisionnement en or noir de l’Empire du Milieu.

Les prochaines semaines seront déterminantes pour comprendre la direction de ce conflit auprès de chaque acteur.

Joris Berry, rédacteur géopolitique pour Artemis

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