Depuis le 28 février 2026, l’évolution du prix de l’énergie en France est au cœur des préoccupations mondiales suite à l’escalade militaire et diplomatique sans précédent dans le détroit d’Ormuz. Les frappes conjointes des États-Unis et d’Israël contre l’Iran ont déclenché un enchaînement de réactions en chaîne qui bouleverse durablement l’économie mondiale. En bloquant ce passage stratégique, l’Iran a provoqué la plus grave perturbation de l’histoire du marché pétrolier mondial. Si la France bénéficie d’une certaine résilience grâce à son parc nucléaire, elle n’en reste pas moins exposée aux chocs de prix qui en résultent. Entre flambée du pétrole, hausse du gaz et renchérissement des billets d’avion, le conflit se fait sentir jusqu’au porte-monnaie des ménages français.
LE CONFLIT AU MOYEN-ORIENT ET SON IMPACT SUR LES RESSOURCES ÉNERGÉTIQUES MONDIALES
Un carrefour stratégique paralysé
Le détroit d’Ormuz constitue l’une des artères vitales du système énergétique mondial. Chaque jour, environ 20 millions de barils de pétrole y transitent normalement. Soit près de 20 % de la consommation mondiale. Un cinquième du commerce mondial de GNL (gaz naturel liquéfié) emprunte également ce passage. Reliant les grands producteurs du Golfe tels que l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Koweït, Irak et Qatar, aux marchés d’Asie et d’Europe.
Depuis la fin février 2026, ce trafic est quasi à l’arrêt. En représailles aux frappes américano-israéliennes qui ont notamment entraîné la mort du Guide suprême Ali Khamenei. Le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien a averti les navires de ne plus traverser le détroit. Les grandes compagnies maritimes Maersk, CMA CGM, Hapag-Lloyd ont immédiatement suspendu leurs transits. La situation demeure donc très tendue. En effet, début mai 2026, la marine américaine a annoncé une opération d’escorte impliquant des destroyers lance-missiles, plus d’une centaine d’aéronefs et 15 000 soldats pour tenter de rouvrir la voie maritime, opération qu’Téhéran a qualifiée de « violation du cessez-le-feu » en vigueur depuis le 8 avril.
Un choc mondial sur les prix de l’énergie
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) qualifie cette situation de « perturbation la plus importante de l’histoire du marché pétrolier mondial ». Les marchés ont réagi avec une rapidité et une violence rarement observées. Les perturbations géopolitiques ont d’abord provoqué une flambée du prix du pétrole. Le baril est passé d’environ 71 dollars à plus de 114 dollars. Dans le même temps, QatarEnergy a suspendu sa production de GNL dès le 2 mars, déclarant la force majeure sur ses contrats gaziers le 4 mars, provoquant une envolée du prix TTF. Une référence européenne du gaz naturel, qui a progressé de plus de 50 % pour atteindre 47,7 €/MWh.
Ce choc est mondial, mais asymétrique, comme le souligne le Fonds monétaire international (FMI). Les pays importateurs d’énergie sont plus exposés que les exportateurs, les pays pauvres le sont davantage que les riches. Pour les pays importateurs de combustibles, l’effet produit s’apparente à celui d’un impôt sur le revenu massif, appliqué de façon soudaine. En Europe, le choc fait resurgir le spectre de la crise du gaz de 2021-2022. La suite des événements dépendra en grande partie de la durée du conflit, de l’étendue de sa propagation et de l’ampleur des dégâts infligés aux infrastructures et aux chaînes d’approvisionnement. Ce choc mondial impacte directement le prix de l’énergie en France malgré la part importante du nucléaire dans notre mix.
Des effets qui dépassent la seule sphère énergétique
La guerre reconfigure également les chaînes d’approvisionnement pour les intrants critiques non énergétiques. Le déroutement des navires-citernes et des porte-conteneurs fait augmenter les coûts de fret et d’assurance, en plus de rallonger les délais de livraison. L’acheminement des engrais, dont environ un tiers transitait par le détroit d’Ormuz est également perturbé. Menaçant les rendements agricoles et renchérissant les denrées alimentaires. Le Golfe assurant par ailleurs une grande partie de l’approvisionnement mondial en hélium, des tensions sur les semi-conducteurs et les appareils d’imagerie médicale sont également à craindre.
Du côté des marchés financiers, les cours mondiaux des actions ont chuté, les rendements obligataires ont augmenté et la volatilité s’est accentuée. En conséquence, le durcissement des conditions de financement dans le monde entier. Le FMI avertit que si les prix élevés de l’énergie et des denrées alimentaires persistent. Ils alimenteront l’inflation mondiale, avec pour conséquence un potentiel nouveau cycle de hausses de taux directeurs dans les grandes banques centrales.
CAS D’ESPÈCE : L’ÉVOLUTION DU PRIX DE L’ÉNERGIE EN FRANCE
La France, un pays paradoxalement exposé malgré son parc nucléaire
La structure énergétique française est souvent présentée comme un bouclier face aux chocs extérieurs. Et pour cause, le nucléaire représente environ 65 % du mix électrique français. 95 % de l’électricité produite en France est bas-carbone (nucléaire et renouvelables). Selon PwC France, le taux d’indépendance énergétique du pays s’établit autour de 61 %, reflétant largement le poids du nucléaire dans la production domestique.
Pourtant, ce paradoxe mérite d’être souligné. Si la France bénéficie d’une forte résilience sur l’électricité, elle demeure fortement dépendante des marchés internationaux pour les énergies fossiles. Près de 99 % du pétrole consommé en France est importé, selon le Service des données et études statistiques (SDES) du gouvernement. Le pétrole représente environ 28 % de l’énergie primaire consommée, principalement pour les transports, et le gaz naturel environ 12 %, pour le chauffage et certains usages industriels. Or ces deux sources sont presque entièrement importées.
Par ailleurs, même si la France produit une électricité largement décarbonée, elle fait partie d’un marché européen de gros interconnecté. En vertu du mécanisme dit de « Merit order », le prix de l’électricité en Europe est fixé par le coût de la dernière centrale appelée. Souvent une centrale à gaz dans de nombreux pays voisins. Ainsi, la flambée du gaz se répercute mécaniquement sur les prix de gros de l’électricité en France, même si notre pays en dépend peu pour sa propre production.
Des impacts directs sur le quotidien des Français
La hausse des prix de l’énergie se fait déjà sentir concrètement. Bercy surveille de près le prix de l’énergie en France pour anticiper les hausses sur les factures. Côté gaz, le ministère de l’Économie (Bercy) estime qu’une hausse de 5 à 10 % pourrait toucher les foyers ayant souscrit une offre à prix indexés à partir de mai 2026. Soit environ 7 millions de ménages parmi les 10,4 millions d’abonnés au gaz, avec un surcoût estimé à moins de 10 euros par mois dans un premier temps. Côté électricité, l’impact est plus différé. Les fournisseurs achètent une grande partie de l’énergie à l’avance, si bien que le décalage entre la flambée des marchés de gros et la hausse effective des factures peut atteindre près d’un an.
Les transports sont également fortement touchés. La flambée des prix du carburant pèse directement sur les budgets des ménages et des entreprises. L’Espagne a d’ailleurs sonné l’alarme concernant les billets d’avion. Les tarifs aériens pour les vacances d’été sont appelés à augmenter significativement en raison du renchérissement du kérosène. Les experts recommandent d’acheter ses billets sans attendre pour bénéficier des tarifs encore disponibles.
Du point de vue macroéconomique, PwC France identifie deux scénarios. Dans un scénario de conflit court (quatre à six semaines), les tensions resteraient temporaires et les prix se normaliseraient progressivement. Dans un scénario de conflit long, les prix du pétrole pourraient rester durablement au-delà de 100 dollars le baril, entretenant une inflation énergétique persistante. Une hausse durable du prix du pétrole passant d’environ 65 à 100 USD pourrait ainsi ajouter de 0,5 à 1 point d’inflation en Europe. Ainsi, mettant la BCE face à un dilemme entre soutien à la croissance et maîtrise des prix.
Une crise qui relance le débat sur la souveraineté énergétique
La crise actuelle met en lumière une réalité plus profonde. Tant que l’Europe restera dépendante des énergies fossiles importées, elle restera exposée aux chocs géopolitiques. Aujourd’hui, l’Europe importe environ 95 % de son pétrole et près de 90 % de son gaz. La crise de 2022 avait conduit les États membres à diversifier leurs approvisionnements et à réduire leur dépendance au gaz russe. Cette réallocation n’a pas suffi à protéger les économies européennes d’un nouveau choc.
L’enjeu pour l’Union européenne est donc d’aller plus loin. Non seulement sécuriser et diversifier ses approvisionnements. Mais aussi accélérer le développement de sources d’énergie alternatives bas-carbone comme les pompes à chaleur, véhicules électriques, énergies renouvelables. Afin de réduire structurellement sa dépendance aux hydrocarbures. Stabiliser le prix de l’énergie en France passera par une accélération de la transition bas-carbone. En cela, la crise actuelle n’est pas seulement un choc conjoncturel. Stabiliser le prix de l’énergie en France passera par une accélération de la transition bas-carbone et une réduction structurelle de notre dépendance aux hydrocarbures. Elle est aussi un révélateur des limites d’un modèle énergétique encore trop dépendant des marchés mondiaux fossiles. De plus, une opportunité de transformer durablement les bases de la souveraineté énergétique européenne.
SOURCES
- FMI (Fonds monétaire international), Les effets de la guerre au Moyen-Orient sur l’énergie, le commerce et la finance, 1er avril 2026. https://www.imf.org/fr/blogs/articles/2026/03/30/how-the-war-in-the-middle-east-is-affecting-energy-trade-and-finance
- PwC France, Guerre en Iran : exposition énergétique de la France et implications macroéconomiques, 18 mars 2026. https://www.pwc.fr/fr/publications/2026/03/guerre-en-iran.html
- La bellenergie, Prix du gaz et de l’électricité : à quoi s’attendre avec les tensions au Moyen-Orient, 24 mars 2026. https://labellenergie.fr/prix-du-gaz-et-de-lelectricite-a-quoi-sattendre-avec-les-tensions-au-moyen-orient/
- Le Monde, Le conflit au Moyen-Orient fait flamber les prix du pétrole, 2 mars 2026. https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/03/02/le-conflit-au-moyen-orient-fait-flamber-les-prix-du-petrole_6669212_3234.html
- Le Monde (live), Guerre au Moyen-Orient : la marine américaine va aider les navires bloqués près du détroit d’Ormuz, 4 mai 2026. https://www.lemonde.fr/international/live/2026/05/04/
- L’Indépendant, Flambée des prix des carburants : achetez vos billets d’avion pour les vacances d’été maintenant, 28 avril 2026. https://www.lindependant.fr/2026/04/28/
- Radio France / Franceinfo, Le décryptage éco du vendredi 10 avril 2026. https://www.radiofrance.fr/franceinfo/podcasts/le-decryptage-eco/
- Franceinfo, Les prix du pétrole et du gaz flambent dans un contexte de guerre au Moyen-Orient. https://www.franceinfo.fr/monde/iran/
Rédactrice Camille Moschetto
